La croisée des marelles, XVI


 

 


Une pluie. Comme une pluie. Comme une grâce. Tout se passe comme si le jour était gracieux. La lumière se souligne, se surligne d’un fin liseré mauve. Tout se passe soudain comme si le jour était léger.

Comme un jour de neige, au petit matin, la neige est encore intacte, personne ne l’a foulée salie écrasée et le silence qui plane dans l’air comme un parfum est délicieux et absolument inespéré. D’autant plus gracieux que sa grâce éphémère et fragile disparaitra bientôt sous les pneus encrassés des voitures dans un craquement crissement frottement et les pas de l’insomniaque sont seuls à l’apprécier dans ce que l’angoisse lui a permis de gagner sur l’angoisse.

L’image glisse, dans la fente du comme si, dans l’interstice à la faveur de ces mots entrouvert, l’image glisse, passe, image de Kafka rentrant chez lui, ombre fragile, sur la première neige d’automne. Et le crissement de ses pas dans la nuit de Prague. Solitaire.

En tête, un vers de Virgile que ses lèvres sans doute se murmurèrent. Que les miennes reprennent pour elles seules.

Comme un jour de neige. Ou son inverse. Capricieuse association des idées. Voltige heureuse. L’acrobatie est sans danger, les mots portent doucement, les phrases sourient. Même légèreté mais obtenue cette fois par une procédé alchimique tout inverse. Personne ne s’y retrouverait. Comme s’il avait à peine neigé, les pétales des arbres de Judée, ou bien des flamboyants, jonchent parsèment colorent le sol, myriades, constellations, pluie de pétales, soulignent les lignes de l’espace, colorent la ville grise.

Comme un dessin d’enfant heureux qui ne s’inquiète pas de la vraisemblance des couleurs de son bonheur.

Jonchée de parfum dans l’air du matin. Jonchée de couleur dans l’air transparent. Le regard sur le monde est une caresse. Le monde en retour offre une caresse au regard délavé. Il reconnaît ce mauve, qu’il identifie au très léger battement de son cœur déjà perçu, à maintes reprises, mais il l’avait presque oublié.


Texte  :  Isabelle Pariente-Butterlin

Photos et son :  Louise Imagine

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La croisée des marelles s’est nourrie d’échanges et de dialogues. Peu à peu l’idée en est née, partage, réponses, Isabelle Pariente-Butterlin à l’écriture, et moi-même derrière l’appareil photo. Échanges à géométries variables, puisque, au gré de l’inspiration, textes ou photos se nourriront l’un l’autre… Quelque chose comme une proximité dans le regard porté sur le monde, une même ligne mélodique dans ce que nous en saisissons rendaient possible cette croisée des marelles. Nous avons eu envie qu’elle ait un espace pour se déployer au fil des rêves.

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