La croisée des marelles, XIX


La croisée des marelles, XIX


Hauteur d’enfant. Le monde à hauteur d’enfant. Vagues, l’eau presque immobile. Espaces de liberté immenses (immense est encore trop petit : infini) qui s’ouvrent dans un objet, infime, fragment ramassé dans un monde fragmentaire, puis serré dans la main, un coquillage, quelque chose comme un trésor marin, là, dans la main douce et serrée, crispée. Vagues minuscules.

Non. Cela encore, c’est regard d’adulte. Recommencer. Se dépouiller. Calmement. Des strates de l’inutile. De tout cet inutile. Accumulé. Surimpositions. Les unes sur les autres. Les unes après les autres. Strates couches (parallèles) de béton, les unes sur les autres. On étouffe, à l’âge adulte ? Non ? On a étouffé l’enfant qu’on a été. Sous les strates. Les réitérations. Les amoncellements. De gravats. De destruction. De cendres. On souffre. On étouffe. On s’étouffe. Calmement. Lentement. Pas étonnant que ça finisse comme ça.

Hauteur d’enfant. Le monde à hauteur d’enfant. Impressions. Palpitations. La vie en ouverture sur le monde. Comme les vagues … Le regard en étonnement. Un coquillage entier dans lequel on cherchera la vie mystérieuse et obstinée. Apprendre (le monde). Absorber (le monde). Absorber toutes les impressions. Cette exaspération du sable entre les doigts. Et toutes les caresses du vent et de la mer.  Absorber au-delà de toute journée épuisante immense démesurée les rêves infinis de la mer est épuisant et immense.

Cela, c’est moins regard d’adulte. On avance. Étriqué étroit étouffant à force d’étouffer épuisé élimé comme une trame déteinte, éteint. Extinction : la palpitation de la vie. On prendra le temps qu’il faut.  Ça prendra le temps que ça prendra. Mais ça finira par marcher. On finit par éteindre la palpitation de la vie. Peu à peu. Palpitation. Contre palpitation. On arrive à tout arrêter.  Même les élans de l’enfance. En nous. Mur invisible contre lequel se brisent les élans. Construit pour cela (briser les élans).

L’enfant l’ignore. Absorbe le monde. Se grise. S’enveloppe du crépuscule et du jour finissant. Se drape déjà des rêves à venir de la nuit qui noieront peu à peu son regard. L’enfant ignorant et gracieux, ignorant tout de sa grâce, sous cette condition stricte (après, peu à peu, la grâce se perd) avance sur la plage, de ses pas minuscules, et hésitant, photographie la mer avec la ferveur infinie de son être.

Texte  :  Isabelle Pariente-Butterlin

Photo et son :  Louise Imagine

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La croisée des marelles s’est nourrie d’échanges et de dialogues. Peu à peu l’idée en est née, partage, réponses, Isabelle Pariente-Butterlin à l’écriture, et moi-même derrière l’appareil photo. Échanges à géométries variables, puisque, au gré de l’inspiration, textes ou photos se nourriront l’un l’autre… Quelque chose comme une proximité dans le regard porté sur le monde, une même ligne mélodique dans ce que nous en saisissons rendaient possible cette croisée des marelles. Nous avons eu envie qu’elle ait un espace pour se déployer au fil des rêves.



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