La croisée des marelles, XXIII


Pour le moment, c’est une légère sensation de vertige. Presque rien et pourtant. Cela suffirait presque, pourtant, à susciter ce léger trouble du vertige. Un tremblement, rien que cela, un léger tremblement du regard au dessus de l’espace immobile. Parce que cet espace est immobile, je ne me trompe pas ? Vertige au bord du vide. Rien ne bouge dans ce décor immobile d’un monde Néanmoins, un vertige. Presque rien mais déjà, la possibilité d’un point de basculement. On ne s’y attendait pas. Pas vraiment. Pas du tout. En fait, on ne s’y attendait pas du tout. Le vide s’étend, se répand, se répandrait plus encore s’il pouvait, vide étendu, liquide, liquidité du vide qui se répand dans l’espace pourtant imperturbable. Je ne comprends pas. Extension immobile. On ne peut que faire cela, je ne vois pas comment faire autrement bien que le mouvement immobile soit troublant, mouvement et immobilité, mouvance alors que tout est en équilibre, mouvance, pourtant l’horizontale parallèle paraissait immobile et je ne comprends pas comment immobile, elle peut à ce point basculer dans un vertige de l’espace horizontal.

C’est une légère sensation de vertige, qui n’aurait pas être, et bien qu’elle n’aurait pas dû être, la voilà devenue intense, indifférente à l’inexistence qui aurait dû, toute entière, l’avaler,  au bord de l’espace horizontal, cela commence à déstabiliser. À ce point-là de basculement au bord des lignes et des parallèles, cela commence à déstabiliser. Horizontal et rectiligne, ce vide est incompréhensible. Vide spatial de l’étendue, horizontale et rectiligne, sur laquelle basculer, trébucher, on en était au bord, palpitation du cœur dans les tempes, les veines, bourdonnement, palpitations, au bord de trébucher sur une cadence régulière, de plus en plus, distincte, de plus en plus, une cadence, quelque chose, en cadence, frappe le silence du monde ou le silence intérieur et le vent n’est plus seul à se faire entendre. Cadence. Parfaitement. Régulière. Cadence. Qu’on sent. Qu’on sait. Indifférente. Résolument. Résolument indifférente, aux aléas aux vertiges, indifférente, résolument, aux troubles aux incidences. Cadence. La cadence du mouvement est plus immobile et plus indifférente encore que l’espace. Avancée. Indifférente. Plus horizontale encore que toutes les horizontales du regard.

Hypnose. Cela vient vite. Presque immédiatement. Hypnose. Ils passent. Cadence des rames, qui résonnent dans les tympans, dans le vide intérieure, glissement, il est possible, sur ce monde, de glisser son indifférence sans laisser rien de soi qui accroche se déchire se lacère. Pourtant les lacérations sont nombreuses, les vertiges aspirent, les immobilités indifférentes lacèrent. Hypnose. De leur indifférence. Glissement de leur cadence à la surface presque indifférente de l’eau horizontale. Approcher. Encore. Ils approchent. Hypnose. De leur cadence indifférente. Rien ne les empêche. Rien. Ne les retient. Ils approchent et lorsqu’ils sont au sommet de la courbe, à ma hauteur, sommet de la courbe de bruit de la cadence, fréquence inchangée cela va de soi,  cadence inchangée, ils commencent, non, ils s’éloignent. Déjà en approchant ils s’éloignaient et la cadence indifférente s’éloigne, fréquence inchangée. Mais ils n’ont pas cessé de s’éloigner, même quand ils approchaient, ils s’éloignaient. Ils ne se sont jamais approchés. Même quand ils approchaient.

Je ne suis même pas un point de l’espace dans ce vide.  Et le monde revient à son horizontalité indifférente. Vertige (de la solitude). Même quand ils approchaient, ils n’approchaient pas. Ils s’éloignaient.

Texte : Isabelle Pariente-Butterlin

Photos : Louise Imagine

La croisée des marelles s’est nourrie d’échanges et de dialogues. Peu à peu l’idée en est née, partage, réponses, Isabelle Pariente-Butterlin à l’écriture, et moi-même derrière l’appareil photo. Échanges à géométries variables, puisque, au gré de l’inspiration, textes ou photos se nourriront l’un l’autre… Quelque chose comme une proximité dans le regard porté sur le monde, une même ligne mélodique dans ce que nous en saisissons rendaient possible cette croisée des marelles. Nous avons eu envie qu’elle ait un espace pour se déployer au fil des rêves.

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