La croisée des marelles, XXV


Contraste. Je tente de les revoir. Je tente de les conserver. Fermer les yeux. Fermer les yeux pour les saisir. Ne pas se laisser distraire. Ne pas passer d’une vision à une autre comme dans un kaléidoscope qui n’en finirait pas, ne se stabiliserait jamais, ne cesserait jamais de tourner. Comme le monde tourne. Ne pas laisser filer cette image ne pas la laisser passer immobiliser tout ce qui autour pourrait être une distraction un divertissement … Ne pas, pour une fois, ne pas se laisser distraire.

Contraste. S’en tenir à cela. Commencer par mémoriser (pour plus tard, je ne sais pas pourquoi, pour l’hiver, pour quand il fera froid, pour quand je serai seule, pour quand j’irai loin, pour quand je ne voudrai pas aller là où j’irai, pour tous les pas à contresens à contrecœur, pour quand je voudrais aller là où je n’irai pas. Un pas de côté. Encore une fois. C’est bien cela qu’on appelle une valse mélancolique, non? À contresens, à contrecœur.

Ça y est, ça recommence, ce monologue intérieur qui en moi ne veut pas se taire. Ça recommence. Les phrases se déroulent, couvrent même le bruit de la mer. Elles en sont capables, je me méfie. Je ne lancerais pas la force exacte du langage contre la puissance de toutes les mers. Il faut commencer par faire taire, face à la mer, ce monologue qui n’en finit pas. J’essaie de nouveau.

Contraste. La ligne pure, dont on ignore absolument si elle est bleue ou noire, entre la mer et la roche. Contraste. Le bleu vif, profond, pictural. S’y laisser absorber. La roche, noire, solide, diabolique. Venue avec un bruit phénoménal se tordre contre les vagues. Puis s’immobiliser. Contraste. S’en tenir à cela, ne retenir que ce contraste, fait pour le regard. La ligne passe, mouvante, fluide, s’ourle, se retire, du contraste entre le sol, volcanique et noir, sur lequel se tenir debout pour regarder la mer intemporelle.

Tout est intemporel, même la fascination.

Texte : Isabelle Pariente-Butterlin

Photo : Louise Imagine

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La croisée des marelles s’est nourrie d’échanges et de dialogues. Peu à peu l’idée en est née, partage, réponses, Isabelle Pariente-Butterlin à l’écriture, et moi-même derrière l’appareil photo. Échanges à géométries variables, puisque, au gré de l’inspiration, textes ou photos se nourriront l’un l’autre… Quelque chose comme une proximité dans le regard porté sur le monde, une même ligne mélodique dans ce que nous en saisissons rendaient possible cette croisée des marelles. Nous avons eu envie qu’elle ait un espace pour se déployer au fil des rêves.

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