Les Vases communicants – Échange avec Joachim Séné


« Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » Vases Communicants

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J’ai la grande joie d’accueillir ici-même Joachim Séné, pour ces vases communicants de mai 2012. Chacun de nous devait écrire sur une photo de l’autre.

Merci à Joachim qui m’a fait l’honneur de m’accueillir chez lui. Je ne peux que vous conseiller vivement de le lire chez Publie.net mais également sur son site : Fragments, chutes et conséquences,  en  passant notamment par son Journal éclaté et Ce serait.

Merci également à la merveilleuse Brigitte Célérierqui nous permet de ne rien manquer des autres échanges de ce mois-ci.

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Verre pilé.

Mes verres de lunettes sont brisés. Quelqu’un a dû balancer un pavé par la fenêtre et ça aura tout cassé dans le bâtiment. Il n’y a personne au bureau aujourd’hui. Je me sens fatigué, je regarde mes lunettes, posées sur mon bureau poussiéreux, je ne vois pas flou, je vois plutôt bien et les lunettes c’est pour travailler sur écran mais aujourd’hui l’écran refuse de s’allumer. Il est un peu abîmé, fêlé, rayé, mais sans plus je ne comprends pas, j’ai vérifié dix fois les branchements, rien à faire. Je pense sans raison valable apparente au mot « fracassé ».

Il y a un courant d’air humide et, bêtement, j’ai peur d’un court-circuit, là dans l’air, conduit par les molécules d’eau et moi électrocuté, car je sais qu’un jour, la science et la technologie, l’industrie et la finance, tous ces main-dans-la-main et ces tête-à-tête, propageront ce besoin, cette réparation, cette nécessité de faire circuler le courant dans l’atmosphère, il y aura du courant sans fil. Et ce jour-là tu verras entre nous ce sera électrique, à nos regards les vitres des tours futuristes et tordues de la Défense et de Shanghaï, de Dubaï et de Manhattan, éclateront, les données transmises dans l’air par le wifi seront déformées et corrompues, les places boursières en seront vérolées et une crise financière suintera puis fumera puis jaillira, provoquera une crise industrielle, une crise sociale, le mot même de crise sera en crise et vidé de son sens au profit de mots plus doux même si austères, qui inonderont d’une guerre le continent et les continents et la Terre ; alors nous mourrons par balle dos au mur d’avoir trop peu parlé. Nous comme tous les autres, laissant en ruine après nous les édifices du pouvoir économique, ses fondations en béton, ses câbles aériens, souterrains, sous-marins, ses octets en pâture aux cafards, son bitume recouvert de mousse, de touffes, de vert, d’épines et de griffes.

Le soleil se couche, et pour la première fois je regarde ça : le ciel et tout ce branle-bas de couleurs comme s’il n’était pas certain que demain ça revienne : le lever de soleil et tous ces trucs du jour.

Texte  : Joachim Séné

Photos : Louise Imagine

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3 réflexions sur “Les Vases communicants – Échange avec Joachim Séné

  1. Ce serait… comme un juste retour des choses puisque la WiFi passe déjà par le courant électrique, il reste la transmission de pensée qui n’est pas assez explorée comme nouvelle technologie particulièrement écologique, gratuite, immédiate, se jouant des distances, ne nécessitant aucun appareil sauf un cerveau à peu près correctement calibré.

    Evidemment, ne pas se risquer à passer la tête par une fenêtre brisée, on peut se couper, alors le sang coule et les ondes faiblissent, la communication gicle en rouge et le récepteur ne capte plus qu’un embrouillamini déplorable. Les opérateurs n’y sont pour rien : chacun est son propre maître, il n’y a pas de facturation sauf cérébrale. NeurONE serait le nom de ce système en cours d’expérimentation (à Saclay, dit-on).

    J’aime les textes qui mettent sur d’autres voies…

  2. VERSION 2 :

    L’électricité dans l’air : la WiFi suit aussi déjà le courant électrique, les éclairs sont invisibles, les communications en quelque sorte souterraines.

    On pourrait imaginer que la transmission de pensée sera bientôt la dernière technologie à la pointe : écologique, simple, transparente, sans objet (autre que celui qui précède le message lui-même), gratuite et personnelle. Pas besoin d’opérateurs, ni de facturation : seul le cerveau, bien irrigué, suffit. (Juste faire attention à ne pas endommager la tête de lecture en la passant par le carreau ébrêché d’un immeuble plus ou moins abandonné !)

    Alors, les ondes naviguent comme des petites folles, elles surprennent – sans sonnerie intempestive ou bourdonnement hérissant – l’interlocuteur, il répond instantanément sans aucune manipulation nécessaire.

    Mais on a trouvé, dans le musée égyptien du Caire, après son pillage lors d’une révolution récente, un mode d’emploi de la transmission de pensée : seul le nom du procédé figurait sur la couverture : NeurONE. Tout le reste était écrit en caractères qui auraient ravi Champollion s’il avait pu vivre à notre époque bénie, il faut le dire.

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