Sans titre, Partie I


Lorsqu’elle avait remarqué le dangereux regroupement, perçu avec certitude l’hostilité qui en émanait, elle avait tenté de s’éloigner, évitant le côté de pelouse où ils s’étaient réunis et la dardaient de regards plus qu’éloquents. Elle contourna avec précaution la trop grande piscine débordant d’agitation, puis pressant le pas, suivit la palissade qui délimitait les jeux d’eau des terrains de tennis. Il lui semblait qu’on la suivait, mais elle n’osait se retourner, préférant ne pas lâcher du coin de l’œil l’attroupement qui la faisait fuir. Des petits cailloux qui s’étaient logés entre la semelle de ses sandales et la plante de ses pieds lui entamaient la chair, mais la douleur – somme toute bien faible par rapport à ce qu’elle connaissait – ne la firent pas pour autant ralentir. Peu de choix s’offraient à elle compte tenu de la situation. La fuite s’imposait. Elle avait été contrainte de venir ici par sa mère qui y avait vu – avec sa clairvoyance habituelle – une parfaite occasion d’enfin proposer à sa pauvre fille, triste et renfermée, un semblant de vie sociale. Ainsi, l’avait-elle littéralement jetée dans la gueule du loup, en organisant une sortie à la piscine municipale avec les enfants de ses meilleures amies du moment, deux jeunes filles parmi les plus populaires du collègue. Malgré le manque d’entrain évident des concernées et l’air atterré qui décomposa son propre visage, l’affaire fut rondement menée et la sortie décidée pour le prochain week-end dans un simulacre de sourires échangés qui ne fit que crisper plus encore Luz. Elle connaissait par cœur Valérie et Marielle, qui n’étaient jamais de reste pour lui rendre la vie impossible, alors non, rien de bon ne pouvait découler de cette maudite journée. Elle longeait le mur menant aux vestiaires, accélérant le pas, serrait fort contre elle son sac en toile, tentant de cacher derrière son bras mutilé. Elle aurait du refuser avec véhémence, trouver les arguments pour ne pas se trouver confrontée à telle situation, mais dans un soupir défait, avait courbé l’échine et ravalé le sordide pressentiment qui l’ébranlait toute entière. Ce n’était pas comme si sa présence pouvait passer inaperçue, comme si les autres enfants de la ville l’avaient pleinement acceptée. Depuis que sa mère avait emménagée ici, lui imposant une fois de plus un déménagement précipité, elle n’avait subi que mépris et injures, les jeunes de son âge ne lui adressant la parole que par pure moquerie.

Texte : Louise Imagine

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