Les Vases communicants – Échange avec Isabelle Pariente-Butterlin @IsabelleP_B #vasesco


« Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » Vases Communicants

Merci infiniment Isabelle pour ce vase co décidé à la dernière minute. Me voilà donc enchantée de ce chaleureux accueil Aux bords des mondes

Pour plonger plus encore dans le délicat univers d’Isabelle Pariente-Butterlin, n’hésitez pas à cliquer par ici…

Merci également à  Brigitte Célérier, qui regroupe vaillamment et avec tant de patience l’ensemble des échanges du mois sur son site dédié.

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C’est tout simple. Un mouvement. Au ras du sol.

C’est tout simple. Je ferme les yeux. Il n’y a rien à faire. Les ouvrir. Les fermer. La vague arrive. Elle approche. Je sais, elle approche. Oui, je sais. Justement. C’est elle que j’attends.

C’est tout simple. C’est un mouvement heureux. Et s’il y a des larmes dans mes yeux, c’est juste une goutte d’eau salée. S’il y a des larmes, ce ne sont pas des larmes. Voilà. J’ouvre les yeux. Je les ferme. Mon visage au ras des vagues. Le sable est frais contre ma joue brûlante. Je veux les voir. Les voir arriver. Pour une fois rien d’autre ne compte. Oui je sais : je ne sais pas ce qui va se passer. C’est toujours comme ça, non ? On ne sait jamais rien, de toutes façons.

Enfin pas vraiment. Je ne veux pas les voir arriver. Ce n’est pas ça que je veux. Il y a trop de distance. Je joue à vouloir autre chose. Ma joue contre le sable humide. Et j’entends les crissements de surface du sable. Je joue autrement avec le monde. Il y a certainement, dans mes cheveux, des grains de sable qui se sont accrochés. Ils crisseront ce soir lorsque je poserai ma tête sur l’oreiller frais. Qu’est-ce que ça peut faire ? J’aime l’odeur de l’eau enroulée dans mes mèches. Et les fragments remués remontés brisés des coquillages retournés et des rochers d’autrefois et de tous ces mondes qui se sont détruits et qui parsèment mes mèches. Et le bruit. De la vague. Qui s’écrase. Aujourd’hui, je reconnais, elles ne sont pas très fortes. Mais n’empêche : je ferme les yeux. Et la vague arrive. Je le sais. Je me repère à sa phrase. À ce qu’elle dit. Je me repère à la phrase qu’elle désarticule en arrivant à terre. Ça commence comme une respiration. Et puis après son déroulement me traverse. Il passe. Mais alors … alors une autre arrive. Et la phrase recommence. Et on n’est jamais seul dans le silence de la terreur. Moi j’ai les yeux fermés. Les phrases des vagues s’enrouleront si elles le veulent dans les mèches de mes cheveux. Ce n’est pas moi qui m’en inquiéterai.

La vague arrive. Je sais. Je la devine, quand elle commence à retirer un peu plus loin la présence de la mer. C’est qu’elle va arriver. Elles commencent toujours ainsi, par la négation de ce qu’elles sont.  C’est un jeu infini, mais il a un avantage : on peut l’intercaler dans un tout petit espace de temps. Il suffit de garder les yeux fermés. Si on les ouvre, ça gâche tout. La vague déroule son phrasé et je sais que des images marines vont entrer dans mon cerveau, je sais que mon monde intérieur est perméable au déroulement de la vague, il suffit de l’écouter attentivement, que des images viendront à mon esprit, simplement parce que j’aurai la musique du déroulement des vagues enroulée dans mes cheveux. Il restera sur ma peau les traces de sel que j’aime tant. Et quand j’irai me coucher, dans la fraîcheur des draps et des nuits d’été, il restera dans ma respiration le rythme de la mer. Je n’ai pas peur des sirènes. Elles ne me font pas peur.

Tous les marins en parlent. Mais moi je n’ai pas besoin d’elles. Vraiment rien à faire, des sirènes et de toute cette mythologie, je n’ai pas besoin d’elles pour entendre la mer et pour lui parler. Regarde, tu t’allonges et oui la vague arrive, et non, l’eau n’est pas chaude, et voilà, c’est une caresse. Je me moque bien des sirènes et des vapeurs d’alcool et des brumes montantes et des cigarettes et de tout ce qui s’en suit. Non : pas besoin. La tête contre le sable mouillé. Et les rêveries marines ensuite, plus fortes que tous les alcools. Et puis le sable et les crissements, et les roulements les déroulements les enroulements, c’est un morceau d’infini dérobé là, presque rien, et ensuite, pour moi, toute seule, l’infini morcelé craquant crissant salé sur ma peau. Je me moque bien de tout. J’ai dérobé un peu d’infini.

Texte  : Isabelle Pariente-Butterlin

Photos : Louise Imagine

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