Sans titre, partie VII


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Dans un premier temps, malgré les discrets mais précis coups d’œil assenés à la ronde, il ne discerna rien de particulier. La piscine municipale regorgeait d’une joyeuse agitation qui fleurait bon l’été naissant. De nombreux enfants insouciants jouaient gaiement dans l’eau, s’aspergeant et criant, tandis qu’un groupe de jeunes, absorbés par leur concours de bombes et de plongeons, n’avaient que faire des remarques exaspérées des adultes bronzant juste à côté. Quelques couples paisiblement enlacés sur leurs serviettes posées à même le gazon semblaient indifférents au reste du monde et à son mouvement.  Çà et là, des parents couraient derrière leurs rejetons, tartinaient allègrement les plus jeunes de crème solaire, criant des recommandations aux plus grands. Somme toute rien de très banal dans cette petite et insignifiante ville perdue au fin fond du sud de la France.

Mais en longeant le mur de clôture qui cernait la propriété, loin à l’arrière du bâtiment principal, Kern aperçut soudain un large renforcement. Un probable lieu de stockage en retrait des aires publiques et qui d’ordinaire devait être désertique. Pourtant, un regroupement compact de collégiens s’y trouvait, tous lui tournant le dos. Il ne comprit pas tout de suite ce qui se passait exactement mais une excitation fauve, palpable, saturait l’air. Il prit alors conscience de leur voix haineuses, de leurs mains tendues en avant, accusatrices. Puis il la vit, petite, minuscule, seule face à eux. Elle était accroupie, ratatinée à même le sol, genoux repliés contre sa poitrine alors qu’un garçon, violemment encouragé par la masse, tirait avec force sur son bras. De son maigre visage, masqué derrière de longs cheveux bruns ébouriffés, il ne discernait clairement que ses grands yeux pâles et tristes. Étonnamment fixes. Elle paraissait totalement étrangère à l’agressivité qui la cernait, comme si son esprit s’était cristallisé en un point, loin, très loin, bien loin de son propre corps. Mais ce qui le marqua aussi sûrement que le fer blanc, ce fut la totale résignation qu’ils reflétaient. Sans pouvoir détacher son regard de celui, absent de la jeune fille, Kern se rappela ce que la vie lui avait cruellement appris. Qu’il n’y avait ici bas aucune place pour les faibles et les démunis. Que pour ne pas subir, il fallait dominer. Ou crever. Un tic nerveux fit tressaillir ses paupières. Sans un mot, il rebroussa chemin.

(…)

Texte : Louise Imagine

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