Vase communiquant avec Isabelle Pariente Butterlin, #vasescommuniquants


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– Tu arrives bientôt ?

– Je ne sais pas, on a du retard.

Je n’en sais rien. J’aimerais bien, si tu savais comme j’aimerais bien. Si seulement. Comme j’aimerais. Si tu savais comme j’aimerais bien, arriver bientôt, si tu savais comme j’aimerais, être là, avec toi, si tu savais comme j’aimerais dissoudre le temps absurde du voyage dans l’eau salée qui n’est pas celle des larmes, si tu savais comme j’ai envie, d’arriver tôt, de dissoudre tout ce temps absurde et perdu dans les rires et l’eau salée qui n’est pas celle des larmes.

– Tu sais combien de temps ?

– Non, ils n’ont pas dit.

Je n’ai pas envie d’arriver avec la nuit. Je ne voudrais pas, je ne veux pas plonger dans la nuit, je veux que le voyage glisse dans la nuit. J’ai envie qu’il fasse encore crépusculairement jour, si tu savais comme j’ai envie de déchiffrer l’horizon dans un crépuscule qui nous gagne très lentement, si tu savais comme j’ai envie, là, tout de suite, maintenant, en lieu et place de cet ici et de ce maintenant, d’un crépuscule qui très lentement nous enveloppe des rêves, au bord des vagues ?

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– Tu me dis, quand tu sais ?

– Oui, ne t’inquiète pas, je peux me débrouiller toute seule pour arriver, tu sais ?

– Pas question.

Je voudrais tant, je voudrais dès à présent, si seulement c’était possible, je voudrais les pieds dans l’eau, et l’eau salée, et le sable collé sous la plante des pieds nus, je voudrais les myriades et les grains de sable, sans qu’il manque le crissement sous les pas, je voudrais, du sable, le crissement sous les pieds nus, et la course vers les vagues, et caresser l’écume de la main, et sentir la vague recouvrir, finissante, le dos de la main …

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– Tu es où ?

– J’en sais rien, on est arrêtés en pleine campagne, je sais pas.

– Tu vas arriver trop tard.

– Je sais. Je te sms dès que j’en sais plus.

Je sais qu’elle est là, elle se déploie, sa présence se déploie de si loin, je l’imagine , elle se devine dans les reflets du ciel, elle est déjà dans les reflets sur les pupilles, elle est loin, et pourtant on la sent, elle est invisible, et pourtant déjà et même si loin, il y a dans les regards le souvenir de la suspension des nuages, comme une suspension du souffle du monde, le monde en suspension au dessus d’une étendue liquide, on ne la voit pas, on la sent, et son souffle immense est déjà caressant. Il se devine derrière les vitres du train.

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– Il est tard. Qu’est-ce qu’on fait ?

– Rentrez. Je vous rejoins directement chez toi. C’est pas grave.

– On ira une autre fois.

– Bien sûr, oui, j’arrive dès que je peux.

Elle est là. Immémoriale et immense. Elle est là, indifférente au soir qui se déploie, étale sous le ciel étal de même. Elle est telle qu’elle est, qu’elle a toujours été, il ne peut pas en être autrement, d’elle il ne peut pas être autrement, et la regarder c’est la voir à travers le temps déployé, telle qu’elle est et telle qu’elle sera. Le monde ainsi va, et la mer ici, ni ne monte ni ne se retire, le soir tombe et le jour se lève, et les nuages passent, et la mer ici, ne se retire pas de mes rêves.

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Texte : Isabelle Pariente Butterlin

Photos : Louise Imagine

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Cela faisait trop longtemps que nous n’avions pas échangé nos textes et nos photos, longtemps que nous ne nous étions pas retrouvées dans le partage et l’écriture.

C’est donc avec beaucoup d’émotion que j’accueille Isabelle Pariente Butterlin pour ces vases communicants de février.

Merci à elle pour avoir déposé ici son texte magnifique, sur le rivage fragile de mon petit monde à moi, merci à elle d’accueillir mes minuscules bouts de rien sur les bords précieux de ses mondes foisonnants.

Merci à Brigitte Célérier, qui regroupe vaillamment et avec tant de patience et de gentillesse l’ensemble des échanges du mois sur son site dédié.

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« Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » Vases Communicants

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11 réflexions sur “Vase communiquant avec Isabelle Pariente Butterlin, #vasescommuniquants

  1. C’est un plaisir de vous lire le même jour chacune au bord du monde de l’autre. Les deux textes et les photos vous vont si bien 🙂 .Et le train et la mer nous donnent tous les deux notre » tempo de vivant ». J

  2. j’ai trouvé ce « ‘collage’ texte/photos presque par hasard. Il me touche beaucoup. De tous ceux que j’ai pu lire/voir/entendre jusqu’ici, c’est celui qui porte au plus haut mon imaginaire. Et l’émotion.

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