Vases Communicants de novembre 2011, par @fbon François Bon


« Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » Vases Communicants

L’hospitalité du berger

C’est un rendez-vous avec soi-même : la montagne parce qu’elle est là. Pas une montagne méchante, je ne saurais pas. L’important, c’est d’y revenir, de reprendre ses propres traces. La fois précédente, à la bergerie, c’était une fille, avec ses chiens. Pas envie d’approcher, pas envie de déranger, mais, même de loin, c’est elle qui avait sorti un appareil photo numérique, et crié : «Tout le monde me photographie, alors moi je photographie tout le monde. » On avait filé.

Cette année, la bergerie est vide. On a marché déjà longtemps, on s’assoit sur le banc de bois pour une pomme, de l’eau. Sur la porte, un carton invite à entrer si on souhaite, qu’on est les bienvenus : «Avis aux randonneurs, l’été un berger habite la cabane, c’est tellement mieux de rentrer dans une cabane propre. »

Le berger, nous ne l’avons pas vu. Dans la cabane silencieuse et ensoleillée, les affaires en désordre, le pull qui sèche, la cafetière telle qu’elle a servi, le sac à dos prêt comme pour repartir demain.

Bien sûr, dans ce cas-là, on ne va pas plus loin : c’était plus une sorte de salut, de partage, juste se retirer sur la pointe des pieds, et reprendre la marche vers l’avion mort, et la crête au loin.

Et les livres. Sur la table, le cahier d’écriture, un dictionnaire allemand-français, et l’étrangeté : un Faulkner en allemand, et ce Belle du Seigneur que je n’aime pas. Expliquer ? On ne saurait pas, c’est ce qui est bien. Sauf dans Don Quichotte, berger à 2000 mètres d’altitude ce n’est pas une occupation dans laquelle peut s’improviser un étudiant pour ses vacances. Et pas question de toucher les notes, le cahier fermé. Juste voir de loin et repartir. Je n’oserais même pas écrire cela dans mon propre blog, je profite de l’invitation.

On ne s’immisce pas dans la table d’écriture d’un autre. Mais on reconnaît le cahier, la page de notes, le dictionnaire, les livres. On a cette complicité. Au mur, des photos d’autres montagnes : faites par lui-même ?

En reprenant la montée vers la crête, c’étaient d’autres pensées : ma table de travail, par exemple à Marseille en 1983, ressemblait à la sienne. Aujourd’hui, l’ordinateur l’avale en entier, et lui donne une autre dimension, d’autres accès. Pourtant, ces soirées seul sur la montagne, le ralentissement du temps, la présence de tous bruits, la fatigue du corps et les tâches obligées pour les bêtes, est-ce que ça ne compte pas aussi pour l’écriture, l’infinie patience de la lecture : quel risque à s’en séparer ?

Lieu : Alpes de Haute-Provence, crête du Cheval Blanc. Peut-être qu’un jour, le berger que nous n’aurons pas croisé trouvera cette page et répondra.

 Texte et photos : François Bon | www.tierslivre.net

Un grand merci à François Bon, pour son accueil sur le tiers livre de ma participation à ces nouveaux vases communicants.

Merci également à Brigitte Célérier, qui nous permet de ne rien manquer des autres échanges de ce mois-ci.

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3 réflexions sur “Vases Communicants de novembre 2011, par @fbon François Bon

  1. De l’air pur, une table (qui sert d’établi) sur un sol qui fait des vagues, les ustensiles du quotidien (la gazinière au gaz) et puis le paysage qui s’ouvre tout naturellement sur l’absence du berger (il veille ailleurs sur des animaux, des êtres aussi), soudain l’espace est là.

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