Nous sommes si étrangement corporelles, vase communicant avec Isabelle Pariente Butterlin #vasesco #vasescommunicants


Nous sommes étrangement corporelles

vase-co-mai2014

Deux. Trois. Après j’oublie. Une. Deux. Combien de fois que je compte ? Une goutte. De nulle part. Une goutte. À côté de mon front. Une autre. Tiens, cette fois, dans mes cheveux. Une goutte. Encore. Je ne sais plus à combien j’en suis. Il pleut. Suinte. Du plafond. L’eau monte, se condense, invraisemblablement, puis retombe de la voûte, sur les corps. Mouvements au ralenti. Les tissus collent. Nous sommes étrangement et tranquillement corporelles.

Je remets de l’eau fraîche, elle se répandra sur le sol en pierres. Mon esprit est pour le moment plus rapide que mes gestes. J’aurais dû en mettre. Répandre une fine pellicule d’eau puis de la main, d’un geste, du tranchant de la main passant horizontalement sur la pierre, effacer les traces des autres, leurs présences. Je n’en ai pas mis, mais c’est presque fait. Dans un instant. Le sol glisse. Les corps sans doute aussi ; mais la brume, la chaleur les séparent.

— On en remet ?
— Oui. Tu veux que …
— Non, non, ne bouge pas.

Elle est trop fraîche. Je mélange. Ma main dans le seau trouve des compromis d’eau tiède et chaude. Ajoute de l’eau froide et en profite en fraude. Un filet froid descend sur mon avant-bras, mon poignet, et se mêle sous mes doigts à l’eau presque brûlante. Tourne. Transparence de l’eau. En tourbillon dans le plastique fatigué du seau. Tourbillon calme. On dirait mes idées. Concentriques. Transparentes.

Une femme rince le sol au centre de l’espace, nous lance un regard sans raison, continue, approche de nous, et en riant nous asperge de quelques gouttes d’eau froide qu’elle fait sortir en éventail du tuyau qu’elle tient. Quelques gouttes qui s’ouvrent en éventail dans l’espace, rebondissent. Je l’avais pressenti mais pourquoi esquisser le moindre mouvement ? L’eau rejaillit sur la pierre, et m’atteint. Constellation froide sur la peau tiède. Dont rien ne se propage. Nous rions. Puis même le souvenir s’en perd dans les brumes diffusées. L’impression ne dure pas plus que le temps de la ressentir. Puis se perd dans la torpeur tiède.

Les murs d’un bleu profond s’écaillent. Suintent. Dégoulinent. Il serait impossible qu’il en soit autrement. On ne voit pas comment il pourrait en être autrement. Le regard remonte. Ils s’écaillent. La couleur s’effrite. Nous sommes des lignes presque horizontales, suivant les contours de l’espace, trouvant appui, presque immobiles et seuls nos regards remontent le long des murs. Vers le peu de lumière qui vient de très haut de la pièce. Constatant que leur bleu profond se défait. Les pierres lisses et horizontales du sol sont à tout indifférentes.

Les pieds nus glisseraient. L’esprit plus lentement que le corps cesse de se mouvoir. En vient à se laisser prendre de torpeur. Plus lentement que le corps, puis il abandonne toute résistance. Et se contente de très peu de mouvements. Remarque les modulations de la vapeur. Ses déplacements. Il est très improbable de se focaliser sur des nuages. Focale incertaine et mouvante. Les corps trouvent appui sur le monde horizontal. La tête repose à même le sol. Sous le regard, les flaques d’eau dessinent l’horizon. Se recomposent. Et l’eau se mêle aux cheveux. Ruissellent en eux qu’elle re-dessine.

Nous sommes si étrangement corporelles.

Texte : Isabelle Pariente Butterlin

Photo : Louise Imagine

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Parce que chacune de nos retrouvailles sonne comme si nous ne nous étions jamais quittées, nous avons décidé, en grandes désordonnées que nous sommes, de, tiens pourquoi pas  vase communiquer ce soir ? Et quel plaisir à cet échange, simplissime et évident, joyeux et spontané.

Alors merci à Isabelle, bien sur, pour ses mots et leur douce musique, pour ce Hammam, partagé avec grand bonheur. Pour cette tasse de thé à la menthe et sa saveur délicieusement sucrée.

Vous pouvez retrouver ma contribution à ces vases chez Isabelle.

Merci à Brigitte Célérier, qui regroupe vaillamment et avec tant de patience et de gentillesse l’ensemble des échanges du mois sur son site dédié.

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« Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » Vases Communicants

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5 réflexions sur “Nous sommes si étrangement corporelles, vase communicant avec Isabelle Pariente Butterlin #vasesco #vasescommunicants

  1. bel apaisement bleuté (de l’autre côté de l’échange, s’inscrire m’ennuie -surtout que déjà plusieurs fois fait- alors, si ici il fait chaud, et doux, là bas il fait beau et doux et bleu…)

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