Sans titre, partie IX


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Partie VII    Partie VIII

Kern tentait de se raisonner. Pourquoi risquerait-il tout ce qu’il avait construit, tout ce qui comptait dans sa vie pour une étrangère ? Sans ce maudit pressentiment, jamais il n’aurait su ce qui se tramait. Alors, pourquoi, mais pourquoi donc n’arrivait-il pas à effacer de sa mémoire les 15 dernières minutes, pourquoi ne pouvait-il reprendre le cours normal de son existence ? « C’est à n’y rien comprendre, vraiment » rageait-il en pressant fort contre ses tempes, espérant expulser de là la foutue tension qui le paralysait.

Très tôt, Kern avait appris à se protéger. Trop jeune, il avait réalisé que malgré tous ses efforts et sa bonne volonté, il ne pourrait rien changer au désastre familial et aux fantômes qui le hantaient. Il avait compris que peu importait ce qu’il était au fond de lui, cela ne suffirait jamais, peu importait ses actes et ses pensées, il ne pourrait rien réparer. Alors que sa vie s’écroulait, qu’il se sentait plus seul qu’il ne l’avait jamais été, il avait trouvé un peu de répit au sein de son club de sport. Soutenu par son coach qui croyait en ses capacités, il s’était entraîné sans relâche. Depuis, il s’était évertué à tout contrôler, verrouillant fermement l’accès à sa vie privée, à cette cellule familiale qui le détruisait lentement. Il s’était construit une seconde vie où il n’était plus la pâle copie d’un frère qu’il ne pourrait jamais égaler. Grâce à ce sixième sens inné dont il avait usé et abusé sans le moindre remord, il s’était rapidement adapté, analysant et comprenant ce qu’on attendait de lui, donnant le maximum de ce qu’il pouvait donner. Il avait sculpté chaque jour sa nouvelle personnalité : celle d’un jeune sportif plein d’avenir, confiant et insouciant. Discipliné et méticuleux, il s’était appliqué chaque jour, peaufinant patiemment son rôle, sans omettre le moindre détail, jusqu’à son sourire même, cette façon charmante de passer la main dans les cheveux. Hors de chez lui et après tant d’années d’efforts, il était parvenu à se faire respecter, à trouver une place où il était apprécié et, par-dessus tout, accepté. Hors de chez lui, il pouvait enfin respirer.

Et aujourd’hui, alors qu’il croyait pouvoir tout maîtriser, il se trouvait dans l’incapacité ne serait-ce que d’avancer, le corps tétanisé par quelque chose qui le dépassait, obnubilé par cette jeune fille et ceux qui l’agressaient. Venant des tréfonds de lui-même, d’un lieu mystérieux où il n’avait jamais voulu s’aventurer, où il avait puisé sans se poser de question, émergeait une peur rampante. Une peur qu’il était parvenu à étouffer jusqu’à présent. La peur qu’il y ait peut-être un prix à payer à ses pressentiments, que son destin ne soit en train de lui échapper.

(…)

Texte : Louise Imagine

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